Burn-out militant : Et si l’épuisement était politique ?

« Non seulement les temps sont durs, mais ils sont épuisants. » C’est par ce constat que David Dufresne ouvre l’émission Au Poste, en recevant la politiste Hélène Balazard et le sociologue Simon Cottin-Marx. Venus présenter leur enquête sur le burn-out militant, ils déconstruisent un sujet trop longtemps resté dans l’ombre des luttes.

Sortir du déni : Le burn-out n’est pas qu’une affaire de « patron »

L’un des premiers points forts de la retranscription est la volonté des auteurs de sortir le burn-out du seul cadre de l’entreprise.

Hélène Balazard explique que les militants, souvent animés par une cause qui les dépasse (féminisme, écologie, social), ont tendance à oublier leurs propres limites : « On s’engage pour une cause, on ne s’engage pas pour son bien-être a priori. »

Simon Cottin-Marx précise que les symptômes sont identiques au monde du travail : épuisement physique total (« ne plus pouvoir se lever de son canapé »), cynisme envers les autres et perte totale du sens de l’action.

Les trois facteurs d’épuisement identifiés

L’échange met en lumière trois causes majeures qui poussent les militants au point de rupture :

  • L’urgence et la pression externe : Face à l’inaction politique ou à la montée de l’extrême droite, les militants se sentent investis d’une mission de sauvetage permanente.
  • Le manque de moyens : Hélène prend l’exemple des associations de lutte contre les violences faites aux femmes : « L’État dit que c’est une priorité, mais derrière il n’y a pas d’argent. » Les bénévoles se retrouvent en première ligne face à une détresse humaine qu’ils ne peuvent plus absorber (stress vicariant).
  • La répression : Qu’elle soit policière, judiciaire ou issue du cyberharcèlement (notamment pour les militantes féministes), la violence extérieure finit par user les corps et les esprits.

Le piège de « l’héroïsation »

C’est sans doute l’analyse la plus percutante de Simon Cottin-Marx : la culture du sacrifice.
Dans de nombreux collectifs, on valorise celui ou celle qui donne tout. Or, pour Simon, « le problème quand on héroïse une personne, c’est qu’on déhéroïse les autres ». Cette dynamique crée une culpabilisation pour ceux qui en font moins et mène inévitablement à l’effondrement de « l’héros » du groupe, qui finit par se sentir indispensable et prisonnier.

Vers une « stratégie de l’endurance »

Pour que la lutte soit durable, les invités proposent de transformer nos manières de nous organiser :

  • Reconnaître le militantisme comme un travail : Même bénévole, l’engagement comporte des « risques psychosociaux ». Il faut donc les anticiper.
  • La force du collectif contre l’isolement : « Pas besoin d’être un héros pour changer le monde, il faut s’organiser ! » martèlent les auteurs. Cela passe par des règles claires, une rotation des tâches et, surtout, des espaces pour discuter des tensions internes.
  • Célébrer les « petits pas » : Pour contrer le sentiment d’impuissance, il est vital de marquer les victoires, même minimes, afin de nourrir l’endurance militante.

Le mot de la fin

Comme le résument Hélène et Simon chez Au Poste : « S’engager, c’est génial », mais protéger sa santé mentale, c’est aussi protéger le combat. Un militant épuisé est une voix qui s’éteint, alors qu’une lutte victorieuse est une lutte qui sait prendre soin de ses membres.

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