Two Promises to Those Who Work: Voice and Ownership – Rapport final du comité d’experts sur la démocratie au travail remis en Espagne
Publié le 2 février 2026 après plus d’un an de travaux, le rapport du comité international d’experts sur la démocratie au travail marque une étape importante dans le débat européen sur la participation des travailleurs. Coordonné notamment par Isabelle Ferreras, il a été présenté et discuté publiquement lors des Assises du 5 février, offrant l’occasion d’en partager les principaux enseignements et d’ouvrir la discussion sur ses implications pour les politiques publiques et les pratiques organisationnelles.
Deux promesses aux travailleurs : voix et propriété
Le rapport « Two Promises to Those Who Work: Voice and Ownership », élaboré par le comité international d’experts sur la démocratie au travail et coordonné notamment par Isabelle Ferreras, a été commandé par le ministère du Travail et de l’Économie sociale espagnol. Il examine le potentiel encore largement inexploité de l’article 129.2 de la Constitution espagnole, qui invite à promouvoir la participation des travailleurs dans l’entreprise.
Un diagnostic : une promesse encore inachevée
Malgré les avancées récentes du marché du travail espagnol, le rapport montre que la participation effective des travailleurs reste limitée, tant en matière d’influence sur les décisions que d’accès à la propriété des entreprises. L’Espagne figure ainsi parmi les pays européens où la reconnaissance institutionnelle des travailleurs comme acteurs économiques à part entière demeure la plus faible.
Pour les auteurs, mieux appliquer cette disposition constitutionnelle constitue une réponse pertinente aux défis contemporains : inégalités économiques, transformations technologiques, crise écologique ou encore défiance démocratique.
La démocratisation des entreprises comme levier de transformation
Le cœur du rapport repose sur une idée forte : démocratiser l’entreprise pour tenir la double promesse faite aux travailleurs. Cela implique notamment :
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renforcer les droits de participation aux décisions opérationnelles et stratégiques ;
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accroître la représentation des salariés dans les conseils d’administration ;
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développer l’accès progressif à la propriété du capital ;
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mettre en place des mécanismes publics d’incitation et de financement pour accompagner ces transformations.
Selon le comité, cette trajectoire pourrait améliorer simultanément la qualité de l’emploi, la productivité, l’innovation et la résilience territoriale, tout en contribuant à une économie plus soutenable.
Répondre aux grandes transitions
Le rapport souligne également que la démocratisation des entreprises peut aider à faire face à plusieurs défis structurants : transmission massive des PME, déploiement de l’intelligence artificielle, fragmentation des chaînes de valeur, ou encore affaiblissement des institutions démocratiques. En donnant davantage de pouvoir économique aux travailleurs, il s’agirait de rééquilibrer la gouvernance des organisations et de renforcer la légitimité des transformations en cours.
Une feuille de route concrète
Au-delà du diagnostic, le document propose une série de mesures législatives et d’outils opérationnels, ainsi qu’un indice de développement démocratique des entreprises destiné à suivre les progrès réalisés et à orienter les politiques publiques. L’ambition affichée est claire : faire émerger des organisations plus participatives, capables de concilier performance économique, justice sociale et soutenabilité environnementale.
Le regard de l’Agora D.O.D.E.S.
Pour l’Agora D.O.D.E.S., ce rapport constitue une contribution majeure au débat européen sur la démocratisation des organisations. Il confirme l’importance d’articuler recherche, expérimentations de terrain et action publique pour faire évoluer les cadres institutionnels. En mettant au centre la question du pouvoir au travail, il rejoint pleinement les travaux menés par l’Agora. Plus largement, il renforce l’idée que la transition démocratique du travail n’est pas seulement un enjeu social, mais aussi une condition de soutenabilité économique et politique à long terme.
Auteur.ice.s

Isabelle Ferreras
Sociologue et Politologue

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