L’ESS à la croisée des chemins : faut-il décoloniser notre imaginaire coopératif ?
Dans son dernier essai, Repenser l’économie sociale et solidaire : de la crise de la modernité au bien-vivre ensemble (éd. Les Petits Matins), Jean-François Draperi nous lance un défi stimulant. Loin de se contenter d’un éloge convenu de l’ESS, l’auteur interroge les fondements mêmes de ce que nous appelons « progrès ».
Une rupture avec la modernité industrielle
Draperi formule une thèse audacieuse : l’ESS, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est l’héritière d’une modernité industrielle du XIXe siècle dont les promesses — basées sur l’individualisme et l’expansion technologique — se sont retournées contre nous. En cherchant à s’intégrer dans ce système, l’ESS a parfois, malgré elle, adopté ses codes, accentuant une déconnexion avec le vivant et les limites de notre planète.
Redécouvrir l’« associatisme »
Pour sortir de l’impasse, l’auteur nous invite à un retour aux sources, bien plus ancien que les coopératives modernes. Il propose de réinscrire l’ESS dans ce qu’il nomme **« l’associatisme »** : une pratique plurimillénaire et universelle d’entraide, de mutualisation et de coopération que l’on retrouve dans toutes les cultures humaines.
Cette perspective change tout :
- Désoccidentaliser le modèle : En se connectant aux systèmes d’entraide traditionnels et aux mouvements sociaux décoloniaux, l’ESS cesse d’être une exception « moderne » pour redevenir une expression fondamentale de l’humanité.
- Repenser la gouvernance : Ce n’est plus seulement une question de statuts juridiques, mais une question de dignité et de résistance politique.
Un appel à l’ESS
Ce livre est une invitation à ne plus voir nos projets comme des îlots d’économie sociale, mais comme les maillons d’une histoire humaine longue et globale : notre gouvernance actuelle est-elle réellement émancipatrice, ou reproduit-elle des structures de domination que nous pensions avoir laissées derrière nous ?
Draperi nous rappelle que le « bien-vivre ensemble » n’est pas un concept technocratique, mais une praxis qui se forge à travers nos alliances et notre capacité à mutualiser, ici et maintenant.
Le débat est ouvert : Selon vous, nos organisations sont-elles encore prisonnières du modèle industriel classique ? Comment intégrer ces sagesses ancestrales de l’associatisme dans nos cercles de décision ?*
