RIUESS 2026 – Imaginer demain : l’Economie Sociale et Solidaire, actrice de futurs possibles et désirables ?
Description
Le développement de la société industrielle a suscité une série de questionnements profonds sur les bouleversements qu’elle engendrait dans les différentes sphères de la société. En effet, l’industrialisation a radicalement transformé la stratification sociale, introduisant de nouveaux modes de production et d’organisation du travail. Ces mutations ont provoqué, au sein des élites de l’époque, une vague d’interrogations qui ont nourri à la fois le socialisme utopique et les mouvements ouvriers naissants.
Au cœur de ces bouleversements, des expériences de cogestion et de coopération ont émergé, proposant des alternatives aux modèles d’organisation imposés par l’industrialisation galopante. Dans un contexte où les modes de production évoluaient de manière drastique, ces initiatives offraient des perspectives nouvelles et souvent audacieuses. Ainsi, en France, dès 1834, un groupe d’ouvriers parisiens a fondé l’Association chrétienne des bijoutiers en doré, cherchant à mieux s’adapter aux transformations du secteur et à protéger leurs intérêts.
Ces exemples rappellent que les grandes transformations du XIXe siècle ont également donné naissance à des réponses novatrices, qui forment les bases de ce que nous appelons aujourd’hui l’économie sociale et solidaire (ESS). Ces prémices témoignent de l’importance des futurs possibles et des alternatives dans la construction d’une ESS porteuse de changements sociaux profonds.
En tension avec de nouvelles contraintes structurelles pesant sur notre société (globalisation, inégalités systémiques, inerties institutionnelles, …), l’ESS parvient-elle encore, dans son modèle économique alternatif, à incarner la force subversive qui est à son fondement ? Lorsqu’elle invite à la déconstruction des évidences et à l’expérimentation de voies radicalement différentes, l’ESS choisit d’être actrice de futurs possibles et désirables. Dans sa dimension créative, elle tisse des imaginaires collectifs, n’hésitant pas à remettre en question les dogmes et parfois à donner voix aux marges et penser le « Do It Yourself » comme un moteur de transformation sociale, même dans des situations difficiles et dans un environnement hostile.
Dans sa dimension foncièrement contestataire, elle fait rimer la solidarité avec la justice sociale pour forger des futurs désirables en dépit des forces qui tendent à les limiter. Nous pensons à l’utopie concrète ou réelle (voir numéro 359 de la Recma), lorsque l’ESS, résolument anti-conformiste, initie des actions transformatrices dans des domaines tels que : la transition écologique et énergétique, l’inclusion sociale et la lutte contre les inégalités ou encore la gouvernance participative. Le présent appel propose aux contributeurs de revenir sur ces utopies concrètes et les aborder à travers 5 axes. Ces 5 axes sont ouverts aux expériences et aux connaissances élaborées dans d’autres territoires (les Suds) où les contextes sociohistoriques peuvent inviter à questionner les outils conceptuels élaborés dans les pays européens. Dans les Suds, il est souvent difficile, voire impossible, de délimiter clairement le périmètre de l’ESS, en raison de sa forte imbrication avec l’économie informelle. Cela ne signifie pas que toute l’économie informelle relève de l’ESS (Ndiaye, 2025). De fait, l’opposition systématique entre économie informelle et ESS ne permet pas de rendre compte de la complexité des dynamiques économiques contemporaines dans les Suds…

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