Appel à contributions – Entreprise et démocratie : vers de nouvelles reconfigurations du pouvoir ?
La question de la place de la démocratie au sein des organisations productives fait l’objet d’un regain d’intérêt théorique et empirique manifeste. Loin de se limiter à des structures alternatives ou aux coopératives historiques, l’exigence de démocratisation traverse l’ensemble du tissu économique, interrogeant à la fois la vie interne des entreprises et leur rôle politique au sein de la société. Un vaste appel à contributions pour un dossier thématique de la Revue française de gestion, coordonné par Nicolas Balas, Caroline Demeyère, Stéphane Jaumier et Justine Loizeau, invite à explorer ces dynamiques sous l’angle de trois forces structurantes : le capital, la technique et la force.
Démocratie dans l’entreprise et entreprise dans la démocratie : un double niveau d’analyse
L’analyse des relations entre entreprise et démocratie se structure traditionnellement autour de deux axes complémentaires. Le premier niveau est interne à l’organisation : il s’agit d’examiner les structures, les processus et les pratiques qui permettent ou restreignent la participation des salarié·e·s aux décisions stratégiques et opérationnelles. Le second niveau envisage l’entreprise comme une institution politique à part entière. Par ses choix technologiques, ses chaînes de valeur et son influence sur les politiques publiques, l’entreprise façonne les conditions de possibilité de la démocratie dans la société, notamment face aux grands défis écologiques et sociaux.
Pourtant, ces dynamiques se heurtent aujourd’hui à des tendances contradictoires. D’un côté, les transitions contemporaines exigent des formes accrues d’intelligence distribuée et de délibération collective. De l’autre, on observe une recentralisation prononcée du pouvoir organisationnel, motivée par l’urgence, la complexité ou le recours croissant à des figures de direction autoritaires et à des outils technologiques standardisés.
Les trois axes de tension : capital, technique et force
Pour décrypter ces reconfigurations du pouvoir, l’appel à contributions structure la réflexion autour de trois dimensions majeures :
- La concentration du capital : La financiarisation et la concentration économique, renforcées depuis la crise de 2008, entrent en contradiction directe avec l’idéal d’égalité démocratique. Les dispositifs de partage du pouvoir (co-détermination, bicamérisme économique, entreprises à mission ou intégration des communs naturels) tentent de rééquilibrer ces rapports de force, tandis que les organisations de l’économie sociale et solidaire (OESS) naviguent au sein de ce capitalisme en mutation sous la menace permanente d’isomorphismes.
- Le pouvoir algorithmique et technique : Porté par les géants de la Tech, le déploiement de technologies néo-tayloriennes et d’outils de gestion algorithmiques tend à dépolitiser le travail et à concentrer l’autorité au sein de la technostructure. Toutefois, ces mêmes outils peuvent parfois être réappropriés par les collectifs de travail comme des ressources de résistance et de contre-pouvoir.
- L’autorité managériale et la coercition politique : La diffusion de visions managériales inspirées d’un libéralisme autoritaire favorise un retour de l’autorité descendante, allant parfois jusqu’à des pratiques de neutralisation des contestations sociales et écologiques. Face à cela, des formes d’organisation alternatives cherchent à réintroduire le pluralisme et la délibération dans le quotidien de l’action collective.
Vers un renouvellement des sciences de gestion
Ce panorama conduit à questionner les cadres épistémologiques des sciences de gestion. Pour penser adéquatement ces mutations à l’époque de l’Anthropocène, il apparaît nécessaire de décloisonner les disciplines, de croiser les apports de la sociologie, de la science politique et du droit, et de s’ouvrir à des perspectives critiques, féministes ou décoloniales. L’enjeu est de dépasser l’opposition stérile entre l’idéalisme de dispositifs participatifs de façade et le réalisme autoritaire pour faire de la démocratie un objet d’expérimentation critique ancré dans les réalités vécues du travail.
Les propositions de communication sous forme de résumés longs sont attendues pour le 29 janvier 2027 en vue d’une journée de recherche en distanciel le 26 avril 2027, avant la soumission finale des articles complets fixée au 5 septembre 2027.
Pour consulter l’intégralité de l’appel à contributions et prendre connaissance de l’ensemble des axes thématiques et des références bibliographiques associées, vous pouvez vous reporter à l’appel publié sur le site de la Revue française de gestion.
