Vers un nouveau compromis social : Repenser l’emploi et la valeur avec Benoît Borrits
Aujourd’hui, près d’une personne sur six souffre de sous-emploi. Ce constat alarmant traduit une faiblesse structurelle de nos économies : un manque chronique d’offres d’emploi de qualité qui nourrit un climat d’insécurité généralisé chez les travailleurs. Cette peur du chômage de masse pousse à l’acceptation de salaires dévalorisés et de conditions de travail dégradées.
Face à ce blocage, Benoît Borrits propose dans son ouvrage Retrouver des « Jours heureux » : Construire un nouveau compromis social (Éditions du Détour, 2026) un changement de paradigme radical pour sortir de la précarité institutionnalisée.
L’impasse des politiques actuelles : La baisse des coûts comme unique horizon
Depuis plusieurs décennies, la réponse quasi exclusive des pouvoirs publics face aux difficultés d’embauche repose sur la réduction du coût du travail. À travers la baisse des cotisations patronales sur les bas salaires et la flexibilisation du marché (développement du travail précaire, contrats courts, statut d’auto-entrepreneur), les politiques économiques ont cherché à baisser le seuil à partir duquel une activité devient rentable.
Cette logique présente deux limites majeures :
- Un épuisement des finances sociales : L’exonération massive de charges fragilise la protection collective sans créer de véritable sécurité pour les salariés.
- La création de trappes à bas salaires : En subventionnant les emplois mal rémunérés, le système valide et entretient la précarisation du travail.
La socialisation de l’emploi : Vers un fonds de mutualisation interentreprises
Plutôt que d’abaisser la valeur du travail pour s’adapter aux contraintes financières du marché, Benoît Borrits suggère une alternative fondatrice : mettre hors marché une partie de la valeur produite grâce à un mécanisme de garantie mutuelle des revenus du travail.
Comment fonctionne ce mécanisme ?
- La mutualisation des revenus : L’ensemble des entreprises verse une part de leur valeur ajoutée à un fonds commun interentreprises.
- La redistribution équitable : Ce fonds redistribue ces ressources à égalité en fonction du nombre d’emplois créés par chaque structure.
- La dé-risquification de l’embauche : En garantissant une fraction des salaires directement par le biais de ce fonds collectif, l’entreprise individuelle supporte un risque financier nettement réduit lorsqu’elle recrute.
Les impacts majeurs : Vers une société de l’emploi choisi
L’instauration de cette mutualisation entraîne des transformations en chaîne pour l’économie et la société :
- Réduction de la place du capital : En diminuant les besoins de financement privé des entreprises pour couvrir leur masse salariale, le rôle prédateur des investisseurs financiers s’amoindrit au profit du dynamisme économique réel.
- Emploi choisi et émancipation : La fin du chômage de masse et de la peur de la précarité redonne du pouvoir de négociation aux travailleurs. L’emploi ne subit plus la contrainte du besoin immédiat, mais redevient un choix orienté par l’utilité sociale et la qualité des conditions de travail.
- Un nouveau pacte salarial : La baisse de la part prélevée par les revenus financiers au profit du travail permet d’envisager une revalorisation globale des salaires et une répartition plus équitable des richesses.
Conclusion : Réinventer le modèle de société
En s’appuyant sur son expérience d’entrepreneur et ses travaux sur les communs (Au-delà de la propriété, Travailler autrement, les coopératives), Benoît Borrits trace la voie d’un compromis social renouvelé.
En substituant la solidarité interentreprises à la seule logique d’optimisation financière, cette approche permet d’entrevoir la sortie du chômage systémique et l’avènement d’une économie soutenable, centrée sur le bien-être collectif et la dignité du travail.
À propos du livre
- Titre : Retrouver des « Jours heureux » — Construire un nouveau compromis social
- Auteur : Benoît Borrits
- Éditeur : Éditions du Détour (Septembre 2026)
- Format : 112 pages
Auteur.ice.s

